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Colloque :

 

« Emigrants et immigrants

en France et en Europe »

 

23 et 24 novembre 2007

CCI du pays de Brive

 

Cas unique en Europe, la France est un pays d’immigration depuis le xixe siècle. La présence des immigrés est donc visible dès les années 1850. Dans les années 1930, notre pays se situe au premier rang mondial pour la proportion d’étrangers sur son sol : Belges, Italiens et Espagnols principalement, mais aussi Polonais et Portugais. Après la seconde guerre mondiale, le bassin de recrutement de travailleurs pour la reconstruction et l’industrie change progressivement : la migration de travail, encore espagnole et surtout portugaise, s’effectue massivement à partir des pays du Maghreb.

Avec les années 1970 se mettent en place les premières restrictions à l’entrée de nouveaux travailleurs et des politiques de contrôle des flux ; mais parallèlement, l’installation définitive des travailleurs entraîne l’arrivée de leur famille, du fait de décisions de régularisation et de regroupement familial.

L’histoire de l’immigration en France est donc déjà longue.

A l’heure actuelle, avec 8,1% d’immigrés (dont 5,6% d’étrangers), notre pays se situe dans une position médiane au sein de la zone OCDE, comparable à celle de la Belgique, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. Elle figure parmi les principaux pays d’accueil pour les migrants à long terme ; elle est un grand pays d’émigration pour d’autres pays de l’Europe et reste la première destination de l’Union européenne pour les étudiants étrangers.

 

Aujourd’hui, comme par le passé, mais dans un contexte différent, la France partage avec ses partenaires de l’Union européenne le double enjeu de l’intégration et de la politique publique d’ouverture ou de fermeture des frontières.

Le modèle républicain d’intégration, qui se caractérise par l’exigence d’égalité des droits individuels conduisant à intégrer les personnes et non les communautés, a finalement, malgré conflits et tensions, bien fonctionné. Le discours xénophobe, qui trouve un écho dans l’opinion publique en période de crise de l’emploi et d’inquiétude sur l’avenir de la nation, impose la connaissance de ce bilan, qui lève les peurs et propose des voies.

Mais ce modèle d’intégration fait en permanence l’objet de débats ; il est sans cesse confronté à de nouveaux défis : la diversité géographique, culturelle et religieuse, comme le niveau de formation des nouveaux immigrants, modifie leurs attentes vis-à-vis de la société française.

 

En tout état de cause, une réflexion sur nous-mêmes est nécessaire : l’intégration tient à la volonté et à l’effort d’adaptation des immigrés, mais aussi à l’acceptation par les nationaux de cultures et de modes de vie différents. La question du vivre ensemble se pose en des termes renouvelés. C’est pourquoi des institutions nouvelles ont récemment vu le jour : en 1991 le Haut Conseil à l’intégration ; en 2005 le projet de Cité nationale d’histoire de l’immigration. Leur fonction est clairement « de faire évoluer les regards et les mentalités au sujet des phénomènes migratoires, aussi bien du point de vue des arrivants et de leur proche descendance que de la société d’accueil ». Parallèlement la loi a également réaffirmé des règles de la vie commune dans l’école de la République (loi du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics).

 

Une réflexion sur ce que choisissent de faire nos voisins dans des situations semblables est tout aussi nécessaire : la question de l’immigration est devenue un enjeu majeur du débat européen.

Depuis les années 1970, les diverses politiques nationales reflètent un souci commun de contrôle et de régulation des flux migratoires, ce d’autant que d’anciens pays européens d’immigration comme l’Espagne, l’Italie et le Portugal sont devenus à leur tour des pays d’accueil des migrants en provenance d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.

 

Les experts montrent que le vieillissement et la diminution des populations en Europe d’une part, la pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs entiers de l’économie européenne d’autre part, nécessitent de recourir à de la main-d’œuvre étrangère (singulièrement pour les services et la production industrielle) : la question migratoire demeurera centrale en France comme en Europe. Mais naturellement l’immigration sans contrôle n’est pas envisageable et il est impossible aujourd’hui qu’une politique d’immigration ne prévoit pas les conditions de l’accueil des immigrants. La prise de conscience de la complexité du problème avec son lot de tensions conduit les États européens à réfléchir à des politiques publiques adaptées. Face à ces défis, une politique migratoire convergente de l’Union européenne est en effet nécessaire.

 

 

Ces questions sont essentielles. C’est pourquoi nous en avons fait le thème du prochain colloque Edmond Michelet : Immigrants et émigrants en France et en Europe.

 

Selon l’habitude nous développerons d’abord le sujet dans l’histoire. Ce sera l’objet de la matinée de réflexion du vendredi. Du xixe siècle à nos jours le sujet sera évoqué sous l’angle des nationalités migrantes, sous l’angle économique, sous l’angle culturel et religieux.

 

Comme l’année dernière le choix du thème a été effectué en écho à un événement national important : il s’agit en 2007 de l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration. La grande conférence du vendredi soir permettra d’en dessiner les ambitions et les projets.

 

La table ronde du samedi matin permettra de revenir aux questions du temps présent dont débattront des experts, des acteurs et des responsables politiques : comment appréhender les nouvelles formes d’immigration et de mobilité accrue dans un cadre mondialisé ? Quelles conditions d’accueil et d’intégration pour les nouveaux migrants ?

Comment vivre ensemble avec nos différences ? Quelles conditions pour le succès de la lutte contre les discriminations, élément fondamental d’une intégration réussie ? Quel rôle pour l’école ? Quels choix opèrent les autres pays européens ?

 

Toutes ces questions, historiques ou de notre temps, nous les poserons également avec les élèves dans les ateliers du vendredi après-midi accueillis dans les établissements scolaires de la ville.

 

Jean-Louis NEMBRINI

Président du Conseil scientifique du Centre d’études Edmond-Michelet

 

 

 

   
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